Origine : Lorraine (Vezon)
Année de l'arrangement : 2004


 

Ny è veut èn' jon' bacèle


Ny è veüt èn' jon' bäcèlle
De 'owins pèrants,
Qu'oteüt tojos pucèle
An so vèquant,
etc.


traduction

Il y avait une jolie fille
De bons parents
Qui était toujours
Pucelle en son vivant,
Disant de tout cœur ses patenôtres
En sa chambre.
A vu un ange descendre
De la paix de Notre-Seigneur.

 

2.
Jamais elle n'était éprise
Des beaux garçons,
Elle était toujours seule
A la maison;
Voilà donc pourquoi
Elle était épouvantée
D'une pareille entrée
Dans son cabinet.

 

3.
Enfin elle se calme
Un peu après
Qu'elle a entendu l'affaire
De l'ange-là
Dès (de) dessus ses genoux,
Elle lève un peu la tête
Pour entendre le remède
Qu'apportait l'ange-là.

 

4.
L'ange, plein d'éloquence,
Fait son compliment
Avec une révérence,
Moult poliment,
Disant : « Bonjour,
Marie, pleine de grâces,
Dieu qui vient en votre race
Soit toujours avec vous.

 

5.
Il m'a envoyé vous dire
De vous préparer
Pour son fils qui est notre Seigneur
Et qui veut entrer
Tout fin dedans vous
Pour lui servir de mère
Quand il viendra en terre
Et qu'il sera son Sauveur.

 

6.
Que pour cette affaire,
Qu'est-ce qu'il fallait ?
Une qui puisse plaire
A notre grand Roi,
Pour lui servir
De mère et qui soit pucelle
Et encore la plus belle
De tout le pays. »

 

7.
La voilà épouvantée
Dès qu'elle apprend
Qu'elle serait, la pauvre fille,
Mère, pourtant
Qu'elle voulait mourir vierge
Et qu'elle était promise
Au bon Dieu qui est là-haut.

 

8.
L'ange dit : « Je vous apporte la paix.
Le Saint-Esprit
Et en a déjà pris les arrhes
Et entrepris
L'affaire-là :
Que jamais sur la terre
L'enfant n'aura de père,
Ce qui moult l'a consolée.

 

9.
Quand il sera au monde,
On l'appellera
Jésus, qu'il ferait aumône,
Comme un bon roi,
Aux pauvres gens
Qui auraient perdu la grâce
En suivant la trace
De leur père Adam. »

 

10.
« Que cela soit ! j'y consens.
Oh ! Gabriel !
Si je suis digne et commode
A l'Eternel. »
Oh, la douce parole
Qui nous a remis en (au) rôle
Des enfants du bon Dieu.

 

11.
« Voilà, qu'elle a fait la demoiselle,
Du Roi qui viendra,
Je lui serai toujours loyale
Tant que je vivrai. »
Et tout aussitôt son entrée
En sa mère sacrée,
Pucelle comme elle était.

 

12.
Il leur a fait leur mariage
Qui était promis
Dedans notre pauvre lignée,
Les voilà amis
Dieu demeurera
Dans notre cœur et notre âme,
Nous n'aurons plus peur du loup,
Du vilain diable-là.


Source : Raphaël de Westphalen - Chansons populaires de Lorraine, t. 2 page 302